Pour les jeunes journalistes reporters d’images en voyage d’étude dans le monde de la presse scandinave au mois de septembre, ce fut probablement pour certains le premier voyage à l’étranger. Mais ce qu’ils retiendront de ce séjour de six jours, c’est à quel point les conditions de production d’une chaîne télévisée sur Internet sont similaires, que ce soit en Suède, au Danemark… ou au Liban.
« Peut-être avez-vous plus de choses à nous apprendre que l’inverse », a déclaré Troels Behrendt Jørgensen, directeur Web du quotidien danois Berlingske Tidende, en accueillant l’équipe d’AnnaharTV à Copenhague. Nous avons vu vos reportages vidéo et leur qualité égale certainement, voire surpasse, celle des nôtres. »
L’équipe d’AnnaharTV est composée des journalistes reporters d’images Nour Hatem, Joanna Jarjoura, Tinia Nassif et du directeur de la rédaction Wadih Tueni. Lors de leur visite au Berlingske Tidende, une comparaison a été établie entre les deux pays concernant le fonctionnement détaillé de la production de télévision en ligne et sa coexistence parfois difficile avec la presse imprimée. Des expériences et obstacles similaires ont été signalés à plusieurs reprises.
Par exemple, les deux équipes ont dû affronter la résistance des reporters plus habitués à tenir un stylo qu’une caméra numérique. Tout comme les deux camps ont dû faire face à la résistance des annonceurs. Ce dernier point est particulièrement rassurant pour Wadih Tueni d’AnnaharTV.
« Il semble que nous soyons tous contraints de monétiser, mais jusque-là nous n’entrevoyons pas encore de modèle viable, explique Wadih Tueni, pas même dans les pays les plus développés. Nous avançons tous à l’aveuglette. »
Berlingske Tidende réalise des efforts considérables pour intégrer l’élément audiovisuel partout dans le journal.
« Tous nos reporters ont un téléphone portable multimédia sur eux et on les encourage à enregistrer des petites vidéos qu’ils publient ensuite sur Internet, explique Søren Lorenzen, directeur télévision sur Internet. Nous encourageons aussi nos photographes de plateau à en faire autant. »
Les reporters Web du quotidien danois Politiken étaient occupés à préparer l’édition du jour lorsque l’équipe d’AnnaharTV est arrivée en visite. Ils ont fini par rejoindre un journaliste de Politiken qui filmait un concours de chiens renifleurs dans la banlieue de Copenhague. Mis à part un équipement légèrement plus sophistiqué, les journalistes reporters d’images libanais travaillent dans les mêmes conditions que leurs collègues danois.
« On nous a félicités pour la qualité supérieure de nos images parce que nous utilisons le format HD, a avancé Joanna Jarjoura, mais en dehors de cela, nos activités quotidiennes sont très ressemblantes. »
Haute définition ou HD correspond à un format de résolution supérieure au format standard et fournit donc des images plus claires et plus détaillées.
En Suède, les vidéo reporters libanais ont suivi une journaliste du Göteborgsposten jusqu’au studio, pendant qu’elle enregistrait un commentaire en voix off et montait son dernier reportage vidéo. Dans celui-ci, on voit un travesti en train de se mesurer à un des champions de course de Göteborg, perché sur des chaussures à talons hauts et … remporter la course.
« On ne verra jamais ce type de reportage au Liban », plaisante Nour Hatem.
Mais les imagistes libanais n’en ont pas pour autant manqué le message. Dans le monde de la télévision sur Internet, plus l’histoire est excentrique, mieux c’est.
Et plus c’est bref, mieux c’est aussi.
« Nous devons considérablement raccourcir nos vidéos », reconnaît l’imagiste Tinia Nassif, abordant un sujet sensible pour tous les journalistes du monde : la tâche difficile de tuer ses chéris.
Peu maîtrisent aussi bien cet aspect que le tabloïd suédois Aftonbladet. Avec un site de télévision sur Internet qui dépasse de loin tout ce qui existe en matière de connexions et de nombre de visiteurs uniques, l’équipe d’Aftonbladet élève la capacité d’attirer l’attention des internautes au rang d’art.
« Nous devons susciter l’intérêt de nos visiteurs pour faire en sorte qu’ils cliquent sur ce lien, explique Nicklas Hermansson, directeur éditorial. Un format manchette peut lasser très rapidement, nous devons donc nous renouveler en permanence. Les gens ont beaucoup moins de patience en surfant sur Internet qu’en regardant la télévision. »
Elsa Falk, directrice de télévision sur Internet, est déterminée à placer la page d’accueil d’Aftonbladet TV en première position et à faire de ce site le portail le plus visité en Suède (il est actuellement quatrième). Mais elle assiste à la formation d’une force concurrente sérieuse.
« Nous serons dépassés par la société nationale de radiodiffusion et télévision SVT dans quelques années. Nous ne faisons pas le poids face aux ressources dont elle dispose. »
Pour le moment, toutefois, Falk et l’équipe de télévision d’Aftonbladet sont déterminées à mettre les bouchées doubles.
À la fin de la visite, la conversation a inévitablement porté sur l’aspect financier. Générer des revenus en territoire peu familier représente un défi majeur ; Wadih Tueni estime que le rôle de l’équipe de vente est primordial.
« Actuellement, la communauté des affaires au Liban, comme partout ailleurs dans le monde, n’est pas convaincue de la nécessité de faire de la publicité sur la télévision sur Internet. Au final, il existera un format universel que les annonceurs pourront utiliser pour la télévision classique ou la télévision sur Internet. Les coûts seront réduits et, avec un peu de chance, la transition sera facilitée. Mais nous devons affûter nos arguments de vente, convaincre nos clients que la télévision sur Internet est la bonne voie à suivre. C’est ce sur quoi nous devons nous concentrer à l’instant présent. »